Dévoluy #2 // Randonnée au col du Charnier par le vallon du Charnier

L’automne dernier, j’ai pris quelques jours de vacances avec mon maraicher. Nous ne sommes pas allés bien loin, seulement à une heure de voiture de la maison. Pendant quatre jours, nous avons randonné dans le massif du Dévoluy et campé dans notre voiture aménagée.

J’avais commencé à vous en parler dans mon article sur ma randonnée au Puy de Rabou, la première étape de ces vacances. Ce soir, je continue le récit avec la randonnée au col du Charnier par le vallon du Charnier.

Cette randonnée est facile. Elle peut se faire en aller-retour comme nous l’avons fait ou l’intégrer à un parcours qui rejoint le lac du Lauzon et la Jarjatte.

Le sentier commence dans une forêt de mélèzes et de pins. Les arbres laissent ensuite place à de grandes étendues de pelouses et de roches. Il faut ensuite passer près d’une cabane de berger. Les parois rocheuses du vallon du Charnier apparaissent alors. Le chemin descend dans le vallon avant de remonter pour atteindre le col du Charnier.

Réflexions en vrac autour de l’élevage, du ski et de la chasse

Au cours de plusieurs randonnées que j’ai faites récemment, j’ai eu des interrogations sur la place de l’élevage dans nos montagnes. Je remarque de plus en plus de pistes larges qui sillonnent les montagnes pour atteindre les cabanes de berger. Vous pouvez par exemple atteindre le vallon du Charnier en voiture 4×4. Je suis aussi intriguée par le parcage avec des centaines de mètres de filets de centaines d’animaux près des bergeries qui ratissent les pelouses. Je ne suis pas sûre de vouloir soutenir l’élevage qui taille dans la montagne des pistes pour les 4×4 et qui surpature des pans entiers de montagne. Je ne suis pas contre l’élevage. J’aimerais pourtant que cette activité ne nuise pas à la montagne. Je connais bien les conflits d’intérêts entre les éleveurs, les randonneurs. Je regrette que parfois les décisions se prennent au détriment des autres usagers et de la montagne.

La situation des aménagements est encore pire du côté des stations de ski. Je ne skie plus depuis des années autant pour des raisons éthiques que d’argent disponible. Je remets en cause de plus en plus les grandes stations de ski, une hérésie d’aménagements et d’écologie pour la montagne. Je skie depuis enfant pourtant et j’ai été ravie de travailler en station pendant une saison d’hiver. Avant de devenir paysanne, j’avais même hésité à accepter un poste de community manager dans une grande station de ski en Savoie. Mon regard sur l’économie du ski a grandement évolué.
Dans le Dévoluy lors de mes randonnées, je voyais très bien sur les pentes en face, la station de la Joue du Loup. A cette époque de l’année, on peut voir les immenses terrassements creusés dans la montagne pour faire les pistes, les pylônes des remontées mécaniques qui traversent des kilomètres de pelouses, les barres d’immeubles et les lotissements de chalets, autant d’aménagements qui ne vivent que cinq mois par an pour régaler 8% de la la population française et une clientèle européenne dépensière.
Je n’aborde pas le sujet des canons à neige, autre problème qui fait couler beaucoup d’encre par chez nous. La question des stations de ski est épineuse car elle demande de repenser l’activité économique de nos montagnes. J’aimerais qu’on en parle plus et qu’on puisse y réfléchir ensemble.

Lors de ma randonnée au col du Charnier, nous avons été surpris par plusieurs coups de feu provenant du vallon du Charnier. Alors que nous arrivions à l’entrée du vallon, une longue détonation nous a littéralement effrayés. Nous avons vu alors détaler deux chamois à travers le vallon, courant vers l’autre versant et gravissant à une vitesse folle les pierriers. Ont surgi ensuite un vieux et un jeune garçon. Je les appellerai pour simplifier le récit, grand-père et petit-fils. C’était la première fois que je me trouvais face à une situation de chasse en direct. J’avoue ne pas du tout avoir aimé l’expérience. Je n’ai pas vraiment vu une régulation de la faune sauvage. J’étais devant un grand-père qui apprenait à son jeune petit-fils à manier une arme et à tirer sur des animaux sauvages. Une fois leurs coups tirés, ils sont revenus vers leur 4×4 garé tout prêt. Vous vous souvenez la piste pour les bergers, elle sert donc aussi pour que des chasseurs aillent plus facilement tirer les chamois. Ils sont montés en 4×4, se sont garés, ont arpenté un bout du vallon à l’affut des chamois, ont tiré, les ont ratés et fait déguerpir les animaux puis sont repartis en 4×4. On pourra me donner tous les arguments possibles sur la régulation, sur la nécessaire obligation de tuer chaque année des têtes et sur mon paradoxe de bien vouloir tuer des animaux d’élevage pour les manger et qu’élevage et chasse sont liés (protection des troupeaux et des cultures), il n’en reste pas moins que je dénonce la chasse comme elle se pratique aujourd’hui. C’est un sujet qui devrait être repensé collectivement.
Le sujet tourne vite au vinaigre si on en parle et je trouve cela dommage. La chasse est un sujet qui nous concerne tous. Il est compliqué à démêler. La chasse remet en question notre relation au monde sauvage, à l’agriculture. Elle fait intervenir des passions historiques comme le droit de chasse des seigneurs et des propriétaires face au droit de chasse du peuple. Si on extrapole dans d’autres pays, on fait aussi intervenir des notions comme le droit à se nourrir.

Je partage rarement autant de réflexions sociales sur mon blog. Je ne m’étendrai pas plus car ces sujets méritent d’être traités avec clarté et je sais qu’ils déchainent les passions. Je voulais en revanche vous apporter mes réflexions en espérant que cela puisse alimenter un peu les vôtres.

Bonne tisane !



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *